Artiste née en 1951. Après des études à l’Institut Met de Penningen, travaille comme illustratrice publicitaire tout en se consacrant à la peinture. Do Fournier peinture bord de loireDès 1984, elle choisit définitivement la peinture.

Depuis 1987 nombreuses expositions de groupe et personnelles : Nantes, La Baule, Paris, Toulouse, Marcq en Bareul, Kwisvergen, Belgique, Pont-Aven, Quimperlé, Saint-Brieuc, La Flotte, Les Portes en Ré – Ile de Ré, Versailles

Elle est présentée par la Galerie Jamault dès1999.

Do Fournier peint comme elle parle. Vite. Avec plaisir et jubilation. Ses personnages dans des intérieurs offrent des visions de premier matin du monde. D’un bonheur immanent. Comme son aîné Bonnard, elle fait « provision de vie » au quotidien. Elle s’abreuve de sa maison, se nourrit de son jardin. Et ne cesse de regarder ses filles. Ces belles jeunes femmes aux cheveux noirs, le corps mince, la peau mate. Sensuelles. Toujours tournées vers la chaleur. Celle du soleil ou de l’âtre. Toujours dans des attitudes de repos. Etendues sur un divan, négligemment appuyées sur une table , allongées sur une plage. Loin d’une représentation du corps meurtri. Loin d’une figure blessée. Loin de toute théorie, l’artiste perpétue la tradition d’une peinture épicurienne, décorative et silencieuse. Pour isoler un peu de temps à l’état pur. Devant la toile, Do Fournier rassemble ses souvenirs, concentre sa mémoire, se rappelle des parfums. Comme si son œuvre ne pouvait capter sa force que par l’éloignement de leur source. Comme ces amoureux fous qui ne tremblent jamais autant que lorsque l’objet de leur idylle est absent. Dans leurs peignoirs chatoyants, parfois enturbannées, ses femmes oisives et rêveuses, ouvertes et pourtant si secrètes, figées dans leur éternelle jeunesse, prennent ainsi l’allure d’odalisques de Matisse ou de quelque princesse persane alanguie dans leur voluptueux abandon. Ces « Belles endormies » inspirent tout à coup les « fragments d’un voyage immobile » cher à Fernando Pessoa pour qui l’art est « l’aveu que la vie ne suffit pas ». Elles appellent encore l’âge d’or et cette « Nostalgie des origines » qu’évoque Mircéa Iliade …pour prendre « congé de la douleur du monde » ? Fusion suprême du réel et de l’imaginaire, les toiles de Do Fournier se métamorphosent en un terrain de jeu délirant. Car l’artiste élevée sur les rivages de l’Atlantique déteste la perspective. Elle préfère voler haut, très haut dans l’apesanteur.

Aussi son œuvre solaire bouleverse toutes les hiérarchies. Ses débuts à l’Institut Met de Penningen, son travail hyper réaliste d’illustratrice et sa fascination pour les contre-jours l’entraînent peu à peu à multiplier, démultiplier les surfaces. Et donnent à voir une vue plongeante et circulaire de toute chose. Tout conspire donc, se bouscule et se renverse autour des figures projetées hors du temps. Son pinceau jongle avec les damiers des sols, les motifs orientaux ou baroques des tapis et des coussins, les rayures et les tissus des vêtements, les drapés d’une nappe … Et emprisonne encore les accumulations de poteries, les détails des céramiques rapportées d’Espagne, quand il ne s’amuse des découpages imprévus. Effusion. Profusion. Prolifération. Les verticales et les horizontales distraient les arabesques. Les plans se chamaillent et délivrent un espace en flux perpétuel. Ici, l’épaisseur se condense, se surcharge. Ailleurs encore, intérieur et extérieur s’unissent en des noces Nabis à n’en plus finir. Les portes et les fenêtres s’ouvrent sur des surfaces picturales pures et les tableaux sur des fenêtres …

La nature immerge dans l’atmosphère intime. L’œil glisse de surface en surface. Voyage. Se perd. Ne sait plus. Ne sait vraiment plus. Où est le vrai du faux, le dedans du dehors, le tableau dans le tableau ? Saturation des sensations. Eclatement de la vision. Déstab Mais Do Fournier sait qu’elle ne peut encore altérer sa soif qu’en unissant par un amour exacerbé le dessin à ces « couleurs qui éveillent le fond sensuel des hommes » disait Matisse. Après toujours le même rite préparatoire en noir et blanc dont elle ne peut se passer, surgit un raz de marée. Immense. Scintillant. Irradiant. Une pluie de soleil où les teintes hurlent parfois comme un dernier cri fauve. Le ton monte parfois trop haut. Saturation. Mais qu’importe la dissonance ! Seule la vibration compte. Car seule reste l’atmosphère de songe et d’irréalité magique. Où les rouges foudroient, les jaunes grésillent, les bleus exultent dans les entrelacs des matières scintillantes, des étoffes arabisantes et de la végétation fouillée de son geste friand. Incandescente et vibratile, intense, la palette de Do Fournier offre des œuvres comme des apparitions rayonnantes. Comme si en cette fin d’après-midi, les personnages, mais plus encore, la toile elle-même, s’était engorgée de chaleur. Jusqu’à plus soif. Gourmande par dessus tout, passionnée par les matières, Do Fournier ose. Elle ose la figuration et les compositions libres, imaginatives où le rêve caresse la réalité … pour ne plus laisser sur la toile qu’un sommeil en pleine lumière. Mais le soleil, n’est-ce pas aussi cette « faute éclatante » ! … qui masque la mort », écrivait Paul Valéry ? Anne Kerner

Les œuvres de l’artiste :